https://manif-est.info/Nancy-Le-25-mars-a-Nancy-a-la-sante-de-la-Commune-3297.html
L’Union Locale CGT marque 7 ans d’occupation sans titre de ses locaux et convie celles et ceux qui s’impliquent socialement dans notre ville à une auberge espagnole, pour célébrer la fuite de Thiers devant les communards le 25 mars 1871,
- parce que le tissu associatif n’est pas le réparateur de la société capitaliste
- parce que nous voulons fermer le robinet de la misère
Enfin, à Nancy, un temple dont nous rêvions toutes et tous !
Le 25 mars c’est la fête, rue Drouin à Nancy. Un troisième temple franc-maçon est construit. Un chantier financé par la SOGOFIM (Société Grand Orient de France Immobilier) à hauteur de 2,2 millions d’€uros.
Ce chantier a permis le prolongement des locaux maçonniques situés au 15 rue Drouin, le temple de la Loge Saint-Jean-de-Jérusalem, rénové il y a quelques années, dont André Rossinot soulignait alors l’importance au sein de la classe politique unie : « la réhabilitation du Grand Temple a été le fruit de l’union de toutes les forces politiques institutionnelles, les pouvoirs publics, les représentants de l’État et les collectivités territoriales, la Région Lorraine, le Département et son regretté Michel Dinet et votre serviteur, le maire de Nancy. […] Le résultat culturel, scientifique et technique est maintenant salué par tous les amis qui fréquentent “la rue Drouin” [1]. »
Bien évidement, lorsqu’André Rossinot parle de tous les amis qui fréquentent la rue Drouin, il ne s’agit pas de la permanence juridique de la CGT, d’un Toit pour les Migrants ou celle des mal logé-es à DAL54. Loin s’en faut.
La droite prive la CGT de son bail, la gauche s’en tape !
La CGT, seule, se bat contre son expulsion
L’extension maçonnique de 1100 m², à 2,2 millions d’€uros donc, saluée à grand fracas, s’est faite sur les m² jusqu’alors dévolus à l’Union Locale CGT de Nancy. Les gueux se serreront, c’est bien le moins.
Sous la mandature de Laurent Hénart, la mairie de Nancy a procédé à la vente du parking et de la cour de l’Union Locale CGT. À l’origine, la municipalité voulait vendre la totalité des locaux de la CGT à la SOGOFIM et expulser le Syndicat de ses locaux. En intervenant pendant un conseil municipal, les occupants ont fait comprendre qu’ils ne bougeraient pas.
La SOGOFIM a donc décidé d’implanter un temple en deuxième corps de bâtiment, dans la cour de la CGT.
Tout ceci est légal, bien évidement, mais la démocratie a pris quelques coups de pieds au cul. Inutile de préciser que la CGT n’a jamais été consultée, et comme elle a refusé d’être jetée à la rue, elle se voit privée de bail par la mairie de droite. L’Union Locale CGT de Nancy est donc occupante sans titre depuis 2018. Bref, elle est punie pour avoir contrecarré les projets de gens importants, Hénart et la SOGOFIM.
Et alors, depuis, qu’a donc fait la majorité de gauche de Nancy pour remédier à cette injustice ?
Ben rien…
Rien de chez rien… Malgré les interpellations du premier syndicat de salarié-es de Nancy, malgré l’envoi de lettres recommandées à chacun des partis de gauche de Nancy, communiste, écologiste, socialiste, la réponse est : R.I.E.N.
Des locaux historiques, une rue emblématique, souvent la cible du pouvoir
En 1936, à la suite d’évènements encore critiqués par la bourgeoisie, le conseil municipal de Nancy octroyait à la CGT, l’usage du bâtiment sis au 17 rue Drouin, pour 99 ans. Ces locaux devinrent l’Union Locale des syndicats CGT de Nancy.
De 1940 à 1945, le Maréchal veilla à ce que ce bâtiment soit le lieu de vie de la Charte du Travail. 5 ans de rognés sur le bail, fumier de Maréchal !
Vint l’essor syndicaliste d’après guerre, la CGT comptait 5 millions d’adhérent-es, soit le tiers des salarié-es dans ses rangs. Dés 1947, la CGT s’impliquait dans la création de la Sécurité Sociale, trouver des locaux, créer des caisses, représenter les salarie-es au(x) conseil(s) d’Administration.
L’Union Locale de Nancy se trouvait dans le quartier des mariniers, le port du canal présentait un grand trafic, et les quais avoisinants étaient dévolus aux ateliers de réparation de péniches, aux magasins d’accastillage.
Syndicat du bâtiment, des garçons de café, les métaux, furent des forces très importantes dans le sud du département, le nord était plus typé par les mines et les grandes usines sidérurgiques. De 1947 à aujourd’hui, la CGT restera la première force syndicale organisée sur la métropole, avec en 2023 près de 3800 adhérent-es et 150 syndicats.
Une implantation chèrement payée
La rue Drouin a connu sont lot de répressions antisociales. En 1962 une bombe fut posée devant le 2 rue Drouin, Union Départementale CGT. Cette tentative d’attentat fut revendiquée par l’OAS parce que la CGT s’opposait à la guerre d’Algérie. La bombe fut trouvée par Charles Delavalle, secrétaire général de la CGT54 à cette époque. Désamorcée à temps, il n’y eut aucune conséquence fatale.
18 ans plus tard, c’est Radio Lorraine Coeur d’Acier (LCA) qui est attaquée par la police, le 4 juin 1980 à 17h00. La radio de luttes circulait dans les entreprises, chez Traillor à Lunéville, à Toul pour dénoncer le saccage du plan acier. C’est trop pour le pouvoir giscardien. La CGT s’attaque à un monopole de diffusion de l’État et doit donc être condamnée.
À 17 h 00 précises, lorsque la CGT envoie l’indicatif de début d’émission, la police en civil, sans sommation, vient avec des masses tenter de fracturer la porte d’entrée. Les pandores sont mal préparés, la porte résiste, et pour cause, les militant-es savaient que la maison poulaga allait déferler, des madriers ont été installés, bloquant la porte contre les marches d’escalier. Il faudra plus de trois heures aux flics pour mettre un pied dans la forteresse syndicale… Le pouvoir ne lésine pas et gratifie la CGT de deux compagnies de CRS. Quand on est premier syndicat, c’est fromage et dessert.
Puisqu’il n’y a pas de sommation et que les flics en civil n’ont pas fait valoir leur qualité de policiers, les occupants se défendent légitimement et légalement contre des agresseurs armés. Une pluie de tuiles et de matériaux divers sont déversés sur la tronche des assaillants, qui progressent avec des boucliers au dessus des têtes, on dirait une illustration des légions romaines devant le village d’Astérix.
Toutes les voitures stationnées légalement dans la rue Drouin sont massacrées, l’air est irrespirable, saturé de lacrymogènes, jusqu’au conservatoire situé à l’arrière de l’UD 54, les militant-es assailli-es se sont réfugié-es sur le toit.
Le lien téléphonique, les réseaux militants ont fonctionné. Près de deux mille manifestant-es sont face aux forces de l’ordre pour défendre les locaux syndicaux. Vers 21 h 30, les occupant-es de la Maison du Peuple sortent du bâtiment, les mains en l’air, profitant de la présence de la presse pour ne pas se prendre une tannée à coup de matraques. Les camionnettes de flics raflent à tout va les syndicalistes épuisé-es.
La nuit du 4 juin fut d’une rare violence : 45 camarades furent emprisonné-es, 10 restèrent incarcéré-es durant 10 jours. Les forces de l’ordre ne trouvèrent pas d’émetteur (malin la CGT, hé hé), objet central de la possible condamnation de la CGT. De rage ils saccagèrent les locaux syndicaux, pulvérisant tout ce qui était possible, à coup de matraque, tonfa et rangers.
Le lendemain, lorsque des militant-es rentrèrent dans les locaux, plus rien n’était utilisable, ni livre, ni matériel de repro, ni table, ni chaise, ni porte, ni vitre, rien, rien, rien. Même les stylos avaient été écrasés, les lames des planchers arrachées. L’air est resté irrespirable durant des jours, le fait de rentrer dans les locaux arrachait des larmes.
Ces lignes peuvent paraître superflues, le pouvoir a cependant forgé à la matraque notre esprit de résistance. C’est aussi notre mémoire sociale, notre mémoire de lutte. Pour toutes ces raisons nous ne partirons pas, face au coups, faces aux millions, face au mépris.
Alors, le 25 mars ? Que fait-on ?
Soyons clairs, la CGT n’a aucune animosité envers les francs-maçons, ils ont acheté le terrain que la Ville de Nancy leur a vendu avec empressement, reniant un engagement de 1936. Bonne affaire ! Il n’y a pas d’intrigue politique, le fait que André Rossinot, maire de Nancy, connaisse Rossinot André, franc-maçon, est une pure coïncidence.
C’est bien envers les municipalités successives que nous avons un désaccord. La CGT, mal lotie, aujourd’hui héberge fraternellement dans ses murs Un toit pour les migrants, le DAL54, bientôt c’est le Planning Familial qui va trouver sa permanence dans nos locaux.
La CGT pour sa part reçoit 250 à 350 salarié-es par an pour répondre à des problèmes juridiques liés au contrat de travail, organise aussi la formation de plus de 100 militant-es à l’année, le DAL tient une permanence hebdo pour les mal logé-es, Un Toit pour les Migrants répond à la détresse de celles et ceux qui sont à la rue, le Planning Familial informe, accueille, écoute, aide pour une prise en compte des choix sur l’IVG, sur la contraception, pour combattre les violences…
Toutes ces associations font une mission de service public que l’État, les pouvoirs locaux, ont depuis longtemps délaissée. Nous accueillons les plus fragiles et ne méritons pas le mépris qui nous est consacré.
Se parler, débattre autour d’un verre
Aussi le 25 mars, nous convions celles et ceux qui ne baissent pas la tête, qui refusent de courber l’échine, à un apéro, une auberge espagnole pour se parler.
Parce que nous avons en commun de nous soucier du futur dans notre ville
- l’abandon de l’hôpital central promet des m² pour les requins, des lits pour l’hospitalisation privée !
- des familles dorment encore à la rue, ou en hébergement précaire
- les travailleurs sociaux n’arrivent plus à remplir leur mission pour protéger jeunes majeurs et mineurs
- le tissu associatif manque de locaux
- l’emploi recule dans nos villes, les travailleurs sans statut livrent des repas pour une misère
- chaque jour, les élu-es les plus droitier-es jettent l’opprobre, sur les femmes, les immigré-es, les jeunes de banlieue, les autres
Le tissu associatif n’est pas le réparateur de la société capitaliste, nous voulons changer la donne.
Le 25 mars 1871, il y a 154 ans, l’infâme Thiers abandonna Paris aux mains des Communard-es, ça s’arrose !
Le 25 mars 2025 à 18 h 00, au 17 rue Drouin, à Nancy